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Izia  Brown

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Elle hurle: « DE TOUTE FAÇON TOUT LE MONDE M'AIME!». Et un autre rail, et encore un autre. Et une pilule rose. Une verte. Elle titube dans toute la pièce. Tout le monde titube avec elle. Elle a l'air d'une loque. D'une épave. Elle se maintient à trois fêtards qui dansent devant elle. Puis tombe. Lamentablement.

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Izia Brown n’a jamais eu la politesse de se rendre accessible.

Certaines personnes entrent dans une pièce pour être aimées. Izia, elle, y entre comme on entre en guerre. Sans prévenir. Sans sourire pour rassurer. Sans faire semblant de vouloir plaire. Et pourtant, tout le monde la regarde.

Peut-être parce qu’elle dégage quelque chose de rare : une absence totale de docilité.

Chanteuse principale de Bunker, groupe de rock indé dont les concerts tiennent parfois plus de l’accident que de la performance, Izia ne cherche ni l’adhésion, ni la tendresse, ni l’unanimité. Elle veut le vacarme. La sueur. Les amplis trop forts. Les regards qui insistent. Le moment exact où une salle entière comprend qu’elle lui appartient déjà.

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Sur scène, elle ne joue pas à être une icône. Pire, elle en devient une malgré elle.

Le micro disparaît presque dans sa main. Sa voix, elle, ne disparaît nulle part. Grave, râpeuse, traversée d’éclats plus fragiles qu’elle déteste laisser entendre. Son corps se plie, se tend, se jette en avant, recule, repart. Rien n’a l’air chorégraphié. Tout semble sortir vite, fort, vrai.

Hors scène, Izia parle moins. Elle observe. Elle fume. Elle hausse un sourcil. Elle laisse les autres meubler le vide. Il y a chez elle un mélange de lassitude, d’arrogance et de lucidité qui donne envie soit de la gifler, soit de la suivre jusqu’au matin.

« Elle était arrogante. Comme moi. Marginale. Elle m'intéressait. Délurée. Comme moi. Dédaigneuse. J'aime. Cinglée, glaciale. J'adore. Détachée. Elle m'attirait. Distante. Je la voulais encore plus. Électrique.

Électrique.

Excessivement électrique.

Et ça me tuait, putain, que moi; moi, qui claquais des doigts obtenais toute une grappe de filles, elle ne me regarde pas. Jamais. Et moi toujours. Toujours bon sang. »

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Izia plaît mal.

C’est précisément pour ça qu’elle plaît autant.

Elle n’offre rien proprement. Ni douceur immédiate, ni chaleur fabriquée, ni disponibilité. Elle coupe court. Elle ironise. Elle se montre insolente quand on attend  d'elle qu’elle soit exclusive. Et lorsque quelqu’un s’entête malgré tout, son regard devient plus dur encore, comme si le désir des autres était une chose dont elle se méfiait depuis longtemps.

Izia aime séduire presque autant qu’elle aime être troublée. Le frisson du premier échange. La tension qui s’installe. Le jeu. Le risque. La certitude provisoire de pouvoir se perdre dans quelqu’un sans jamais lui appartenir.

L’engagement, en revanche, lui va mal.

Dès qu’une histoire devient stable, quelque chose en elle cherche la sortie de secours. Elle fuit, sabote, ment parfois, trompe souvent, comme si la fidélité ressemblait de trop près à une cage. Ce n’est pas l’absence de sentiments qui la condamne, mais leur persistance.

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Sous le bruit, il y a pourtant autre chose.

Une discipline invisible. Des carnets remplis de phrases barrées. Des couplets réécrits jusqu’à l’obsession. Des démos enregistrées à quatre heures du matin. Une oreille presque maniaque pour les textures, les silences, les accidents heureux, les respirations qu’on garde au lieu de les nettoyer.

Izia n’est pas seulement faite pour brûler. Elle est faite pour fabriquer quelque chose avec le feu.

​

Tout le monde dit qu’elle finira par se détruire. Izia pense surtout qu’ils aimeraient assister au spectacle.

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